Malakoff : la « rénovation urbaine » comme cheval de Troie de la gentrification
Logement

Malakoff : la « rénovation urbaine » comme cheval de Troie de la gentrification

À Malakoff, on ne rénove pas. On déplace. Derrière les brochures de « rénovation urbaine » et les promesses de « mixité sociale », une machine à chasser les pauvres se met en marche.

Un quartier qui change — mais pas pour ses habitants

Malakoff, classé quartier prioritaire de la politique de la ville, compte un peu plus de 3 400 habitants au recensement 2018 (SIG Ville — Quartier Prioritaire Malakoff). À un jet de tram de la gare et du centre-ville, c’est l’un des grands quartiers HLM de Nantes, construit à partir des années 1970 pour loger les classes populaires et les travailleurs immigrés (Wikipédia — Malakoff (Nantes))).

Aujourd’hui, Malakoff change de visage. Des tours tombent. De nouveaux immeubles poussent. La mairie parle de « renouvellement », « mixité », « quartier ouvert ». Les brochures promettent un futur lumineux.

Mais sur le terrain, c’est autre chose : un remplacement de population méthodique, organisé par Nantes Métropole et ses bailleurs sociaux.

Comment on chasse les pauvres proprement

Le plan Malakoff – Pré-Gauchet engagé par la convention avec l’ANRU (Agence Nationale pour la Rénovation Urbaine) signée en 2004, c’est 397 logements démolis en phase 1 (2004-2009), tours « Sicile » et « Portugal » détruites, remplacés par environ 400 logements neufs dont une partie en accession à la propriété et en loyers intermédiaires inaccessibles aux anciens locataires (ANRU — La mue de Malakoff-Pré-Gauchet, ENS — Un projet multidimensionnel). L’ANRU a contribué à hauteur de 48,4 M€.

Le mécanisme est rodé :

  1. On laisse un immeuble HLM se dégrader pendant des années (on diffère les travaux d’entretien).
  2. On déclare qu’il est irréparable, trop coûteux à rénover.
  3. On relogé les habitants, souvent loin de Malakoff, parfois en périphérie.
  4. On démolit.
  5. On reconstruit du « mixte » : une partie HLM (moins qu’avant), une grosse partie marché privé.

Résultat : les anciens habitants ne reviennent jamais. Le quartier se boboïse. La métropole salue la réussite de la « mixité ». Les sociologues complaisants publient des études. Personne ne compte combien de familles ont été déracinées.

« Ils m’ont relogée à Doulon. Je mettais 10 minutes à pied à l’école, maintenant je mets 40 minutes en bus. Mes enfants ont perdu leurs copains. On a perdu nos voisins. » — une habitante relogée en 2023

Les arbitrages qu’on ne met pas dans la brochure

La question des taux de retour des ménages relogés dans leur quartier après démolition est documentée depuis plus de quinze ans comme l’une des principales limites du PNRU puis du NPNRU (Rapport ANRU — Bilan du PNRU, Résovilles — Comprendre PNRU / NPNRU). Les nouveaux logements dits sociaux intègrent fréquemment une part importante de PLS (loyers plafonnés les plus hauts), moins accessibles aux familles à faibles revenus — plusieurs chercheurs et observateurs ont pointé cette dérive (USH — Union Sociale pour l'Habitat, veille sur les loyers).

Pendant que le prix du mètre carré s’envole dans les programmes neufs, les anciens habitants, eux, se retrouvent parfois dans des quartiers plus périphériques, toujours plus mal desservis, toujours plus stigmatisés.

La « mixité sociale » : un mot pour cacher la purge

On nous vend la mixité sociale comme un progrès. Une mixité à sens unique : on installe des classes moyennes et aisées dans les quartiers populaires, jamais l’inverse. On ne construit pas de HLM à l’Île de Nantes rive neuve, ni au Jardin des Plantes, ni aux Hauts-Pavés.

La mixité, c’est toujours les pauvres qui bougent. Jamais les riches qui viennent habiter en vrai à côté d’eux.

« Ils appellent ça mixité. Nous on appelle ça expropriation. » — un ancien locataire du Square Vincent-Gâche

Ce qu’il faudrait faire, vraiment

  • Rénover sans démolir : entretenir les immeubles au lieu de les laisser se dégrader pour justifier leur destruction.
  • Quand il y a démolition, reconstruire à 100 % en HLM familial, pas en PLS ni en accession.
  • Priorité absolue aux anciens habitants pour revenir, aux mêmes loyers.
  • Un vrai contrôle par les habitants des projets ANRU, pas juste des réunions-alibi.

Sans ces garanties, la rénovation urbaine à Malakoff continuera d’être ce qu’elle est : une opération foncière qui profite aux promoteurs et à la mairie, sur le dos des familles populaires.

Habitant·e de Malakoff concerné·e par un relogement forcé ou une dégradation délibérée ? Contactez-nous via le Bureau des plaintes.


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