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Bout des Landes : enclavés, oubliés — le quartier qu’on ne dessert plus

Bout des Landes : enclavés, oubliés — le quartier qu’on ne dessert plus

Au Bout des Landes, il faut 45 minutes en bus pour aller au centre-ville. Le soir, plus rien ne passe après 21h. La mobilité, à Nantes, est un luxe réservé aux quartiers bourgeois.

Le quartier le plus mal desservi de Nantes

Bout des Landes, tout au nord de Nantes, c’est 4 500 habitants dans un cul-de-sac urbain. Pour aller au centre-ville, pas de tram, pas de tramway-train, pas de busway. Juste des lignes de bus classiques, peu fréquentes, qui traversent la moitié de Nantes avant d’arriver.

Durée moyenne d’un trajet Bout des Landes → Gare de Nantes : 45 minutes. À vélo, avec les côtes : 35 minutes (mais peu praticable l’hiver, sur des routes pas toujours sécurisées).

Pour les Nantais des Hauts-Pavés, du centre-ville ou de l’Île de Nantes, c’est 10-15 minutes en tram. La même ville, deux temporalités différentes selon votre code postal.

« Pour aller au travail à 6h, je dois partir à 4h40. Les enfants, je ne les vois plus le matin. » — un habitant du Bout des Landes, ouvrier dans le bâtiment

Après 21h : plus rien ne passe

Le soir, c’est encore pire. À partir de 21h, la fréquence des bus s’effondre : un passage toutes les 45 minutes, voire toutes les heures. Après 22h30, plus rien du tout ou presque.

Résultat :

  • Impossible de travailler en horaires décalés sans voiture (et donc : sans permis + voiture + assurance = 300 €/mois minimum).
  • Impossible d’aller à un concert, un cinéma, un resto en fin de soirée et de rentrer en transports.
  • Impossible d’emmener un proche aux urgences nocturnes sans dépendre d’un taxi à 30 €.
  • Les ados qui veulent aller au cinéma le samedi soir rentrent comment ? À pied, en groupe, dans la nuit. Ou ne sortent pas.

Les transports publics sont un service public ? Pas au Bout des Landes

Nantes Métropole vante son offre TAN. La métropole affiche des chiffres, distribue des prix européens de la mobilité durable, se félicite de sa « politique cyclable ».

Sauf que cette politique s’arrête aux quartiers bourgeois. Le busway 4 (celui qui va vite, qui passe souvent, qui roule tard) dessert Vertou, Saint-Sébastien, des zones pavillonnaires. Pas le Bout des Landes.

Les lignes de chronobus, c’est pareil : maillage dense au centre, délaissement à la périphérie nord.

Le message envoyé est clair : vous valez les transports qu’on veut bien vous donner. Si vous êtes pauvre et habitez en périphérie, vous valez un bus toutes les 30 minutes et rien le soir.

Une mobilité de classe

Cet enclavement n’est pas neutre. Il a des conséquences économiques et sociales directes :

  • Accès à l’emploi réduit : un employeur peut hésiter à embaucher un candidat qui met 1h15 pour arriver.
  • Accès aux soins difficile : de nombreuses spécialités médicales ne sont accessibles qu’au centre-ville ou au CHU.
  • Accès à la culture nul : théâtre, concerts, cinémas en ville ? Oubliez si vous n’avez pas de voiture.
  • Isolement social : les ados qui ne peuvent pas bouger restent entre eux, ce qui renforce encore la stigmatisation du quartier « fermé sur lui-même ».

« Mes grands-parents habitaient Saint-Donatien. Ils venaient nous voir en tram, direct. Maintenant les trams s’arrêtent au Ranzay. Eux ils sont vieux, ils viennent plus. » — une jeune habitante

La fausse excuse : « il faut être rentable »

La TAN et Nantes Métropole justifient l’offre réduite par le « manque de rentabilité » des lignes périphériques.

C’est absurde. Les transports publics ne sont pas une entreprise. Ce sont un service public financé par l’impôt et le versement transport des employeurs. Leur mission n’est pas de faire du profit, c’est de rendre la mobilité accessible à tous.

Et si on regarde d’où vient l’argent : les habitants du Bout des Landes paient leur abonnement TAN (56 €/mois pour les adultes au plein tarif), ils cotisent à la métropole via leurs taxes d’habitation (quand ils en paient encore). Ils ont autant de droits sur l’offre de transport que les habitants du centre.

Ce qu’il faudrait vraiment

  1. Prolonger la ligne 3 de tram jusqu’au Bout des Landes, réclamé depuis 20 ans.
  2. Augmenter la fréquence des lignes existantes après 20h (minimum un bus toutes les 20 minutes jusqu’à minuit).
  3. Mettre en place un service de nuit (bus nocturnes) desservant tous les quartiers HLM, pas seulement le centre.
  4. Gratuité des transports en soirée à partir de 19h, mesure efficace contre l’isolement.
  5. Un observatoire citoyen de la mobilité périphérique, avec pouvoir de recommandation sur les investissements TAN.

Ce qu’on fait en attendant

  • Signaler chaque bus en retard, chaque passage supprimé, chaque rupture de service.
  • Documenter avec des captures d’écran de l’appli TAN les différences entre l’offre du centre et l’offre du Bout des Landes.
  • Se regrouper en collectifs d’habitants (il existe un collectif embryonnaire) pour porter les revendications en réunion publique.
  • Interpeller les élus de l’opposition (toutes tendances confondues : la question mérite un front uni).

Vous habitez le Bout des Landes et vous galérez avec les transports ? Racontez-nous votre galère : on consolide les témoignages, on fait un dossier, on met la pression.


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