Soudan : la guerre que l’Occident préfère ignorer — famine, génocide, silence
Depuis avril 2023, le Soudan vit l'une des pires catastrophes humanitaires du siècle. 13 millions de déplacés, famine déclarée, massacres ethniques à El Fasher. Et les médias occidentaux regardent ailleurs.
Trois ans de guerre, 13 millions de déplacés, zéro minute de silence
Depuis le 15 avril 2023, le Soudan s’effondre. Les Forces armées soudanaises (SAF) du général Al-Burhan affrontent les Forces de soutien rapide (RSF) de Hemedti — la milice janjawid reconvertie en armée parallèle.
En trois ans :
- Des dizaines de milliers de morts, avec des estimations d’analystes allant de 61 000 à plusieurs centaines de milliers selon les méthodes de comptage (l’ONU reconnaît ne pas pouvoir établir un bilan définitif)
- 13 à 14 millions de déplacés — la plus grande crise de déplacement au monde
- 21 millions de personnes en insécurité alimentaire aiguë
- Famine officiellement déclarée (IPC Phase 5) dans le camp de Zamzam et plusieurs régions du Darfour
Vous avez entendu parler de tout ça au 20h ? Non ou presque. Une guerre de cette ampleur, dans un silence médiatique massif.
El Fasher : un massacre ethnique sous nos yeux
La ville d’El Fasher, capitale du Darfour-Nord, a été assiégée pendant 18 mois par les RSF avant de tomber entre leurs mains le 26 octobre 2025. Les milices — composées majoritairement de combattants arabes — y ont mené un nettoyage ethnique contre les populations masalit, four et zaghawa.
- Exécutions sommaires documentées par Human Rights Watch et Amnesty International
- Viols de masse utilisés comme arme de guerre, documentés par le rapport Amnesty « A Refuge Destroyed »
- Selon le Humanitarian Research Lab de Yale (octobre 2025), des dizaines de milliers de personnes sont portées disparues et présumées tuées ; le rapport OHCHR de février 2026 documente à lui seul 6 000 tués dans les trois jours qui ont suivi la chute de la ville
- Population déplacée de force vers Tawila et d’autres localités où les conditions humanitaires sont catastrophiques
Une mission d’enquête indépendante de l’ONU a dénoncé, le 19 février 2026, des « signes distinctifs d’un génocide » à El Fasher. Les chancelleries occidentales, elles, publient des communiqués poliment préoccupés.
La famine comme arme de guerre
Ce qui se passe au Soudan n’est pas une crise alimentaire classique. C’est une famine délibérément fabriquée par les belligérants.
Les RSF bloquent les convois humanitaires. L’armée régulière bombarde les zones contrôlées par l’adversaire. Les récoltes sont brûlées systématiquement. Les marchés sont ciblés.
Dans le camp de Zamzam, près d’El Fasher, la famine a été officiellement confirmée par l’IPC en août 2024 (phase 5). Depuis la prise d’El Fasher par les RSF fin octobre 2025, la plupart des habitants ont été forcés de fuir. Les ONG encore présentes au Darfour fonctionnent avec des stocks extrêmement réduits.
Les complicités qu’on tait
Les RSF ne sont pas tombés du ciel. Ils sont armés, financés, ravitaillés — les enquêtes convergent vers le rôle déterminant des Émirats arabes unis.
Amnesty International a documenté dès 2024 et 2025 :
- Des armements chinois récents, transférés aux RSF via les Émirats en violation de l’embargo de l’ONU (Amnesty — mai 2025)
- Un flux constant d’armes multi-pays (Chine, Russie, Serbie, Turquie, EAU) détournées vers le Darfour (Amnesty — juillet 2024)
Les Émirats sont un allié stratégique de la France (contrats Rafale, base militaire à Abu Dhabi, Louvre Abu Dhabi, partenariats d’investissement). La position officielle française, consultable sur la page « Guerre au Soudan : la France aux côtés des populations civiles » du MEAE, ne nomme pas les RSF comme responsables du génocide et ne sanctionne pas les EAU.
Deux poids, deux mesures
Ukraine, 2022 : 20 milliards d’euros d’aide européenne en un an. Mobilisation totale. Sanctions immédiates.
Gaza, 2023-2026 : génocide documenté, ONU bloquée, mais le sujet existe dans l’espace public.
Soudan, 2023-2026 : quelques brèves dans les journaux, aucune conférence internationale d’envergure, zéro sanction contre les EAU.
Le racisme structurel des rédactions occidentales a un coût concret. Quand les victimes sont africaines, noires, musulmanes, sunnites, leur souffrance n’existe pas sur la ligne éditoriale.
Ce qu’on peut faire depuis les quartiers
Vous ne pouvez pas arrêter la guerre. Mais :
- Soutenir les ONG sur place : Médecins Sans Frontières, Action Contre la Faim, la Croix-Rouge soudanaise. Ce sont eux qui distribuent les dernières rations.
- Parler, partager, relayer les témoignages qui passent sur les réseaux sociaux soudanais. La visibilité fait pression sur les gouvernements.
- Interpeller vos élus sur la politique française vis-à-vis des Émirats. Pourquoi on continue à leur vendre des armes ?
- Se relier à la diaspora soudanaise et aux collectifs de solidarité en France.
Dans nos quartiers, on connaît la guerre par procuration. On a des voisins du Soudan, de Somalie, d’Érythrée. On sait ce que ça veut dire, fuir. On sait ce que ça coûte, le silence des puissants.
Le Soudan n’est pas loin. Le Soudan est parmi nous — dans les foyers, dans les AFPA, dans les squats que la police démantèle. Voir le Soudan, c’est se voir.
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