Soudan : la guerre que l’Occident préfère ignorer — famine, génocide, silence
Depuis avril 2023, le Soudan vit l'une des pires catastrophes humanitaires du siècle. 13 millions de déplacés, famine déclarée, massacres ethniques à El Fasher. Et les médias occidentaux regardent ailleurs.
Trois ans de guerre, 13 millions de déplacés, zéro minute de silence
Depuis le 15 avril 2023, le Soudan s’effondre. Les Forces armées soudanaises (SAF) du général Al-Burhan affrontent les Forces de soutien rapide (RSF) de Hemedti — la milice janjawid reconvertie en armée parallèle.
En trois ans :
- Plus de 150 000 morts, selon les estimations prudentes de l’ONU
- 13 millions de déplacés — la plus grande crise de déplacement au monde, devant l’Ukraine
- 25 millions de personnes en insécurité alimentaire aiguë
- Famine officiellement déclarée (IPC Phase 5) dans le camp de Zamzam et plusieurs régions du Darfour
Vous avez entendu parler de tout ça au 20h ? Non. Personne ne vous a tenu au courant.
« Quand ils nous bombardent, il n’y a pas de BFMTV en direct. Pas de minute de silence à l’Assemblée. Personne ne brandit le drapeau soudanais sur la tour Eiffel. On meurt dans le noir. »
— Habitant d’Omdurman, contacté via Signal
El Fasher : un massacre ethnique sous nos yeux
La ville d’El Fasher, capitale du Darfour-Nord, est assiégée depuis 18 mois par les RSF. Les milices — composées majoritairement de combattants arabes — y mènent un nettoyage ethnique contre les populations masalit, four et zaghawa.
- Exécutions sommaires documentées par Human Rights Watch
- Viols de masse utilisés comme arme de guerre
- Blocage humanitaire total : l’aide ne passe plus depuis décembre 2025
- 750 000 personnes piégées sans eau, sans nourriture, sans médicaments
La Cour pénale internationale parle de « risque imminent de génocide ». Les chancelleries occidentales, elles, publient des communiqués poliment préoccupés.
La famine comme arme de guerre
Ce qui se passe au Soudan n’est pas une crise alimentaire classique. C’est une famine délibérément fabriquée par les belligérants.
Les RSF bloquent les convois humanitaires. L’armée régulière bombarde les zones contrôlées par l’adversaire. Les récoltes sont brûlées systématiquement. Les marchés sont ciblés.
Dans le camp de Zamzam, près d’El Fasher, un enfant meurt toutes les deux heures de malnutrition. Les ONG présentes sur place — ce qu’il en reste — n’ont plus de stocks depuis février 2026.
Les complicités qu’on tait
Les RSF ne sont pas tombés du ciel. Ils sont armés, financés, ravitaillés — principalement par les Émirats arabes unis.
L’ONG Conflict Armament Research a documenté :
- Drones turcs Bayraktar livrés via Abou Dabi aux RSF
- Véhicules blindés émiratis transitant par le Tchad
- Carburant provenant de raffineries sous contrôle émirati
Les Émirats sont un allié stratégique de la France (Rafale, base militaire à Abu Dhabi, pétrole). Macron n’a jamais prononcé le mot « Soudan » dans un discours depuis 18 mois. Le Quai d’Orsay demande « modération des deux côtés ».
Deux poids, deux mesures
Ukraine, 2022 : 20 milliards d’euros d’aide européenne en un an. Mobilisation totale. Sanctions immédiates.
Gaza, 2023-2026 : génocide documenté, ONU bloquée, mais le sujet existe dans l’espace public.
Soudan, 2023-2026 : quelques brèves dans les journaux, aucune conférence internationale d’envergure, zéro sanction contre les EAU.
Le racisme structurel des rédactions occidentales a un coût concret. Quand les victimes sont africaines, noires, musulmanes, sunnites, leur souffrance n’existe pas sur la ligne éditoriale.
Ce qu’on peut faire depuis les quartiers
Vous ne pouvez pas arrêter la guerre. Mais :
- Soutenir les ONG sur place : Médecins Sans Frontières, Action Contre la Faim, la Croix-Rouge soudanaise. Ce sont eux qui distribuent les dernières rations.
- Parler, partager, relayer les témoignages qui passent sur les réseaux sociaux soudanais. La visibilité fait pression sur les gouvernements.
- Interpeller vos élus sur la politique française vis-à-vis des Émirats. Pourquoi on continue à leur vendre des armes ?
- Venir aux rassemblements de la diaspora soudanaise. À Nantes, un collectif existe et se réunit mensuellement Place du Bouffay.
Dans nos quartiers, on connaît la guerre par procuration. On a des voisins du Soudan, de Somalie, d’Érythrée. On sait ce que ça veut dire, fuir. On sait ce que ça coûte, le silence des puissants.
Le Soudan n’est pas loin. Le Soudan est parmi nous — dans les foyers, dans les AFPA, dans les squats que la police démantèle. Voir le Soudan, c’est se voir.
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