Clos Toreau : punaises, moisissures, mépris — le quotidien des locataires de NMH
Au Clos Toreau, vivre en logement social c'est cohabiter avec les punaises, les rats et les moisissures. Pendant que Nantes Métropole Habitat répond : « On a mis en place un plan d'action ».
Un des plus petits quartiers HLM, une des plus grandes hontes
Le Clos Toreau, au sud de Nantes, coincé entre le périphérique et la Loire, c’est à peine 3 000 habitants. Un petit quartier. Un quartier souvent oublié quand la mairie parle de « politique de la ville ». Un quartier pourtant emblématique de la faillite de Nantes Métropole Habitat (NMH) sur les questions d’insalubrité.
Les habitants du Clos Toreau vivent depuis des années avec des infestations massives : punaises de lit, cafards, rats, moisissures noires sur les murs. Ils alertent depuis des années. Ils ne sont pas écoutés.
« J’ai appelé NMH vingt fois pour les moisissures dans la chambre de mon fils. Vingt fois. On m’a répondu « on va regarder ». Ça fait trois ans. » — une locataire du Clos Toreau
Les moisissures : un problème structurel, pas une faute des locataires
Dans de nombreux logements du Clos Toreau, les murs sont noirs de moisissure. Surtout dans les chambres. Surtout en hiver. La raison est connue : mauvaise isolation, ponts thermiques, VMC en panne ou insuffisantes, fenêtres vétustes.
Que fait NMH ? La réponse classique du bailleur social : « vous n’aérez pas assez ». Rejeter la responsabilité sur le locataire. Refuser d’investir dans l’isolation thermique. Laisser pourrir.
C’est un mensonge organisé. Une famille qui aère son logement chaque jour, deux fois par jour, constate quand même la prolifération des moisissures. Parce que le problème n’est pas le comportement des locataires, c’est l’état du bâti.
Les conséquences sanitaires sont documentées :
- Asthme chronique chez les enfants
- Bronchites à répétition
- Allergies sévères
- Dépression, troubles du sommeil
Les punaises : la gangrène silencieuse
Après les moisissures, les punaises de lit. Depuis 2020, plusieurs résidences du Clos Toreau connaissent des vagues d’infestation qui se propagent d’appartement en appartement. Une fois introduites, il faut une intervention lourde et coordonnée pour les éradiquer.
NMH fait intervenir des désinsectiseurs. Une fois. Parfois deux. Puis abandonne. Les punaises reviennent. Les locataires jettent leurs meubles, brûlent leurs vêtements, dorment ailleurs chez des proches. Certains craquent et demandent une mutation — qu’on leur refuse parce qu’ « il y a une liste d’attente ».
« On a tout jeté. Matelas, canapé, armoires. Trois mois plus tard, elles étaient de retour. » — un locataire de la rue de Castellane
Les responsables : toujours les mêmes
Thomas Quéro, président de Nantes Métropole Habitat. Johanna Rolland, maire de Nantes. Bassem Asseh, adjoint.
Ces trois-là se renvoient la balle depuis des années. Le bailleur dit que c’est un problème de comportement des locataires. La mairie dit que c’est le bailleur qui gère. Pendant ce temps, les familles dorment avec des punaises dans les cheveux et des moisissures dans les poumons.
Parallèlement, les loyers ne baissent pas. Les charges augmentent. Les travaux promis sont reportés.
Ce que NMH devrait faire — et ne fait pas
- Isoler thermiquement tous les logements du Clos Toreau concernés par les moisissures. Pas des emplâtres : une vraie rénovation thermique.
- Remplacer les VMC défaillantes. Vérifier chaque installation.
- Mettre en place un plan anti-punaises à l’échelle de l’immeuble entier, pas appartement par appartement.
- Indemniser les locataires qui ont dû jeter meubles et vêtements.
- Réduire les loyers tant que les logements ne sont pas salubres. C’est une obligation légale.
Tant que NMH fera des économies sur le dos des locataires du Clos Toreau, les habitants continueront à payer en santé ce que le bailleur ne paie pas en travaux.
Se défendre : le droit au logement décent
Le Code de la construction impose aux bailleurs de fournir un logement décent. Un logement avec des moisissures massives ou infesté de nuisibles n’est pas décent. Les locataires ont le droit :
- de faire constater l’état par un huissier
- de demander une réduction de loyer au juge des contentieux de la protection
- de saisir l’ARS (Agence Régionale de Santé)
- de se regrouper en collectif pour mettre la pression
Vous vivez au Clos Toreau avec des nuisibles ou des moisissures ? Documentez tout, prenez des photos, et contactez-nous. La rédaction relaie, fait remonter, et peut vous aider à vous organiser collectivement.
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