Deux hommes sans domicile fixe retrouvés morts à Nantes en juillet 2025. Au-delà de ces deux drames, un chiffre national qui ne recule pas : 735 personnes sans chez-soi mortes en France en 2023, âge moyen 48,8 ans.
Deux morts dans l’indifférence
Deux hommes sans domicile fixe ont été retrouvés morts à Nantes en juillet 2025, à quelques heures d’intervalle. Témoignages recueillis par la rédaction auprès de maraudes et de collectifs de solidarité : l’un dans un espace abrité proche de la gare, l’autre dans une tente installée en périphérie. Tous deux vivaient à la rue, dans des conditions dégradées, sans accès à l’eau, à l’hygiène ou à un abri stable. Aucun dispositif d’urgence ne les avait pris en charge.
Ces morts s’inscrivent dans une réalité nationale massive : selon le 12ᵉ rapport épidémiologique du Collectif Les Morts de la Rue (publié le 30 octobre 2024), 735 personnes sans domicile fixe sont décédées en 2023 en France — un record (Franceinfo — « un triste record », Samusocial de Paris — rapport CMDR 2024).
Parmi ces morts : 86 % d’hommes, 46 % entre 45 et 65 ans, un âge moyen de 48,8 ans — contre 79,9 ans pour la population générale. Plus de trente ans de moins d’espérance de vie.
Une promesse présidentielle brisée
Le 27 juillet 2017, à Orléans, Emmanuel Macron déclarait :
« Je ne veux plus, d’ici la fin de l’année, avoir des femmes et des hommes dans les rues, dans les bois ou perdus. »
Promesse largement reprise à l’époque (Franceinfo — Plus personne dans les rues, pourquoi la promesse n'est pas tenue). Dès la fin 2017, le 115 révélait que sur 35 380 demandes d’hébergement, seulement 25 % aboutissaient à une solution. Depuis, la situation ne s’est pas améliorée.
À Nantes, une situation connue et documentée
À Nantes, les associations tirent la sonnette d’alarme depuis des années. Pourtant, les dispositifs d’hébergement d’urgence sont insuffisants, saturés, parfois inaccessibles. Les campements sont régulièrement expulsés, avec peu de solutions de relogement.
Selon les données INSEE 2024, Nantes Métropole compte environ 5,1 % de logements vacants — un taux plus faible que dans d’autres métropoles, mais qui représente tout de même des milliers de logements vides dans l’agglomération, tandis que la Loire-Atlantique comptabilisait 43 717 logements vacants en 2022 (INSEE — parc de logements 2024, Observatoire Loire-Atlantique — logements vacants 2022).
Une politique qui tue
Ces morts sont politiques. La responsabilité est partagée :
- Le gouvernement, qui a réduit ou contraint les budgets du logement social et de l’hébergement d’urgence ces dernières années (Fondation Abbé Pierre — rapports annuels sur le mal-logement).
- Les préfectures, qui ordonnent les expulsions sans relogement systématique.
- La Ville de Nantes et Nantes Métropole, qui consacrent des moyens insuffisants à l’urgence sociale au regard du mal-logement constaté.
La Métropole privilégie de grands projets d’urbanisme et d’attractivité, tandis que des bâtiments publics inutilisés ne sont pas mobilisés pour l’hébergement d’urgence. Une ville qui expulse les plus précaires et criminalise les squats.
Des solutions concrètes existent
- Réquisition des logements vides : prévue par la loi (ordonnance du 11 octobre 1945, désormais codifiée aux articles L. 641-1 et suivants du CCH) — jamais utilisée à cette échelle.
- Ouverture permanente de centres d’hébergement inconditionnels, accessibles sans condition d’identité ni de statut administratif.
- Arrêt des expulsions de squats : chaque expulsion remet des dizaines de personnes à la rue.
- Renforcement des maraudes et des collectifs de solidarité.
- Financement massif du logement social et encadrement strict des loyers.
Ne plus se taire, ne plus laisser faire
Il ne s’agit pas d’un drame isolé, mais d’un meurtre social systémique, organisé par des choix politiques assumés. À la fin, c’est toujours les mêmes qui meurent et les mêmes qui gouvernent.
Face à cela, les habitant·es des quartiers, les collectifs de solidarité, les mouvements de lutte pour le logement (DAL, Fondation Abbé Pierre) organisent, dénoncent, occupent. Le droit à la vie passe avant le droit de propriété.
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