Aïcha Bassal présidente de NMH : une élue du logement social, 38 922 ménages sur liste d’attente
Le 13 mai 2026, Aïcha Bassal a été élue à la tête de Nantes Métropole Habitat. Première femme à présider l'office HLM, issue du logement social : la communication est rodée. Derrière, 38 922 ménages attendent un logement et la question des exilé·es reste un angle mort.
Une élection « historique », une communication bien rodée
Le 13 mai 2026, le conseil d’administration de Nantes Métropole Habitat (NMH) a élu Aïcha Bassal à sa présidence, à l’unanimité. À 51 ans, l’adjointe au maire de Nantes devient la première femme à diriger l’office public d’HLM, plus d’un siècle après sa création.
Le récit est soigné : née au Maroc, arrivée jeune à Nantes, élue municipale depuis 2008, l’intéressée met en avant un parcours de vie dans le parc social. Elle parle de « fierté » et de « grande responsabilité ». Sur le papier, difficile de faire plus légitime pour piloter le logement des classes populaires.
Reste à confronter la communication à la réalité du logement à Nantes. Et là, le tableau est nettement moins triomphal.
Les chiffres que la com’ n’affiche pas
Selon l’office, NMH gère 26 000 logements et loge plus de 50 000 personnes, avec « les loyers HLM les plus bas de la métropole nantaise ». C’est un acteur central, personne ne le conteste.
Mais en face de cette offre, la demande explose. Au 1ᵉʳ janvier 2025, 38 922 ménages étaient inscrits comme demandeurs d’un logement social à l’échelle de Nantes Métropole. Le délai « anormalement long » ouvrant droit à un recours au titre du droit au logement opposable (DALO) est fixé à 30 mois sur le territoire. Autrement dit : on peut attendre deux ans et demi un toit avant même de pouvoir saisir la justice.
La métropole affiche un objectif de 2 000 logements sociaux par an. Aïcha Bassal elle-même reconnaît que l’office « a doublé ses investissements pour la rénovation en dix ans » mais qu’il faudra « trouver les moyens d’aller encore plus vite ». Traduction : le compte n’y est pas, et tout le monde le sait.
Une présidente au cœur de la majorité Rolland
Aïcha Bassal n’est pas une technicienne hors-sol. Elle est adjointe au maire de Nantes, dans la majorité de Johanna Rolland (PS), chargée notamment des ressources humaines et du dialogue social. C’est donc une responsable politique de premier plan qui prend la tête du bailleur — la même majorité qui pilote la ville, ses choix budgétaires, sa politique de sécurité et son urbanisme.
Mettre une élue « issue du logement social » à la présidence de l’office, c’est un symbole. Mais un symbole n’a jamais relogé personne. Ce qui comptera, ce sont les attributions, les loyers, le rythme réel de construction et la transparence sur qui obtient quoi.
L’angle mort : les exilé·es
Il y a un sujet que la séquence de communication n’évoque pas : le sort des personnes exilées à Nantes, tout en bas de l’échelle du logement.
À l’été 2018, plusieurs centaines de personnes migrantes installées faute d’hébergement sur le square Daviais, en plein centre de Nantes, ont été expulsées — décision de justice prise à la demande de la préfecture, au motif de l’« insalubrité ». Beaucoup se sont retrouvées sans solution, contraintes d’occuper un ancien lycée désaffecté. Médecins du Monde avait alors dénoncé une évacuation sans relogement digne de ce nom.
Sept ans plus tard, la question reste entière : une métropole peut-elle se présenter comme championne du logement social tout en laissant des familles exilées dormir dehors, déplacées de squat en squat ? La présidence de NMH ne réglera pas, à elle seule, l’hébergement d’urgence — qui relève largement de l’État. Mais elle engage la responsabilité politique d’une majorité qui revendique la solidarité.
Le jour de l’évacuation, selon des témoins présents, CRS et BAC ont dispersé exilé·es et militant·es solidaires venus s’interposer ; les personnes délogées ont été déplacées le jour même, sans hébergement pérenne pour beaucoup.
Autre signe d’une ville qui referme ses interstices : sous le pont du boulevard des Martyrs-Nantais-de-la-Résistance (secteur Malakoff–Pirmil), des amas de gravats ont été déposés à l’endroit même où des personnes sans abri pouvaient s’installer. Ils étaient encore en place en août 2022, puis en mai 2023 (images Google Street View). Déposer pierres ou gravats sous un pont pour empêcher d’y dormir : ce « mobilier anti-installation » a déjà été dénoncé ailleurs en France, notamment à Paris en 2017.
Témoignage — « J’y étais »
« Le jour où ils ont vidé le square Daviais, j’étais là. Les CRS et la BAC chassaient les réfugiés et les militants qui tentaient de les protéger. Le jour même, on a aidé à mettre des gens à l’abri ailleurs : des Soudanais, des Érythréens, qui avaient déjà tout fui.
Ce que j’ai vu ensuite, je ne l’oublie pas : sous le pont, on a déposé des tas de pierres pour qu’aucun corps ne puisse plus s’y allonger. Elles y sont encore. Pendant ce temps, la même majorité célèbre « le logement pour tous ». Ça, ce n’est pas de la solidarité : c’est une ville qu’on rend, méthodiquement, inhabitable pour les plus pauvres. »
— Khalid, témoin direct, Quartier Libre
Ce qu’on surveillera
La nomination d’Aïcha Bassal ouvre un mandat. Quartier Libre suivra, point par point :
- Les attributions : combien de logements réellement attribués aux ménages les plus précaires, et selon quels critères transparents ?
- Les loyers et les charges : la promesse des « loyers les plus bas » tient-elle face à la flambée de l’énergie et des charges ?
- Construire ou rénover : l’office tiendra-t-il un rythme de constructions neuves à la hauteur des 38 922 demandes, sans se contenter de rénover l’existant ?
- Les exilé·es et les sans-abri : quelle place pour les plus exclus dans la politique du logement nantais ?
- L’extension aux 24 communes : l’ambition affichée d’aller au-delà de la dizaine de villes actuelles se traduira-t-elle en logements, ou en effets d’annonce ?
Le logement n’est pas un cadeau qu’on accorde, c’est un droit qu’on arrache. À Nantes comme ailleurs, ce sont les habitant·es organisé·es, les locataires, les mal-logé·es et les solidaires qui feront la différence — pas les communiqués. On regarde, et on compte.
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