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Breil : la BAC chasse les ados, le quartier paye l’addition

Breil : la BAC chasse les ados, le quartier paye l’addition

Au Breil, les contrôles policiers ne visent pas les criminels. Ils visent les ados qui rentrent de l'école. C'est du racisme d'État, pas de la sécurité.

Un quartier calme — sauf quand la BAC débarque

Le Breil, au nord de Nantes, c’est 5 000 habitants. Un quartier HLM relativement calme, familial, avec ses associations, ses clubs de sport, son école qui tient bon. Aucun des grands faits divers que la presse nationale adore ne s’y est produit ces dernières années.

Et pourtant, la BAC (Brigade Anti-Criminalité) y débarque plusieurs fois par semaine. Dans des voitures banalisées. À 17h, l’heure à laquelle les collégiens rentrent du collège. À 21h, l’heure à laquelle les ados sortent respirer après le dîner.

« Ils arrivent vite, ils descendent à trois ou quatre, ils plaquent les plus jeunes contre la grille, ils fouillent, ils ressortent. Ils repartent. Rien trouvé. Ils recommencent la semaine suivante. » — un éducateur du quartier

Le contrôle au faciès, institutionnalisé

Personne ne met de mots sur la couleur de peau des ados contrôlés. C’est illégal, après tout. Mais les parents le savent. Les éducateurs le savent. Les profs le savent.

Les ados blancs du Breil ne sont quasiment jamais contrôlés.

Les ados noirs ou maghrébins du Breil le sont systématiquement.

Cette réalité est documentée depuis plus de 15 ans par le Défenseur des droits, par Amnesty International, par Human Rights Watch. En 2016, le Conseil d’État a condamné l’État français pour faute lourde dans trois affaires de contrôles au faciès. Ça n’a rien changé sur le terrain.

Les conséquences : humiliation, décrochage, révolte

Un contrôle au faciès, ce n’est pas un événement anodin. C’est :

  • Une humiliation publique, souvent devant les copains, les voisins, parfois la petite sœur.
  • Un message : « tu n’es pas un citoyen comme les autres, tu es un suspect par nature ».
  • Un traumatisme : les enquêtes psychologiques montrent des effets anxiogènes durables chez les ados régulièrement contrôlés.
  • Un moteur de décrochage : certains jeunes arrêtent de sortir, d’aller à l’école, pour éviter le contrôle suivant.
  • Un générateur de défiance totale envers l’institution, qu’elle soit scolaire, sociale ou judiciaire.

« Mon petit frère a 14 ans. Il m’a dit : « à quoi ça sert que j’aille à l’école, de toute façon pour eux je serai toujours un voyou ». » — une grande sœur du Breil

La défense officielle : « on répond à des appels »

La police a toujours la même réponse : « nous répondons à des signalements, nous ciblons des profils suspects, nous faisons notre travail. »

Mensonges. Les statistiques internes à la BAC, quand elles fuitent, montrent que le taux de succès des contrôles (c’est-à-dire l’interpellation effective suivie d’une mise en examen fondée) est infime. On contrôle des dizaines de jeunes pour zéro délit constaté.

Ces contrôles n’ont pas pour fonction de combattre la criminalité. Ils ont pour fonction de rappeler aux jeunes des quartiers qu’ils sont sous surveillance permanente. C’est du marquage territorial. C’est une politique de domination.

Le silence complice de la mairie

Bassem Asseh, adjoint à la sécurité de Johanna Rolland, justifie régulièrement les contrôles par la « présence policière nécessaire ». Il n’a jamais publiquement dénoncé un contrôle au faciès au Breil. Il n’a jamais exigé des bordereaux de contrôle systématiques qui permettraient un suivi indépendant (comme en Espagne, qui a fait baisser drastiquement les contrôles discriminatoires).

La mairie PS parle de « prévention » et de « dialogue ». En pratique : elle cautionne la BAC, elle refuse d’exiger sa redéfinition, elle finance des caméras au lieu de financer des éducateurs.

Ce qu’on devrait exiger

  1. Bordereaux de contrôle obligatoires : chaque contrôle policier doit laisser une trace écrite, remise à la personne contrôlée, avec motif précis.
  2. Suppression de la BAC dans sa forme actuelle, remplacement par une police de proximité formée, connue des habitants, non cagoulée.
  3. Financement à hauteur de vrais éducateurs spécialisés dans le quartier (actuellement : 1 pour 1 000 jeunes au Breil).
  4. Observatoire indépendant des violences policières, avec pouvoir d’enquête.
  5. Protection effective du droit de filmer la police : aucun jeune ne devrait être poursuivi pour avoir filmé un contrôle.

Se défendre aujourd’hui

En attendant que l’État change — ça peut être long — quelques réflexes utiles :

  • Filmer le contrôle si vous êtes témoin (c’est légal, garder ses distances).
  • Noter date, heure, lieu, numéro des policiers visibles.
  • Refuser les fouilles abusives : la fouille de vêtement corporelle nécessite un soupçon précis.
  • Porter plainte en cas de violence ou d’insultes, même si ça paraît perdu d’avance.
  • Se signaler à un collectif ou à nous : plus il y a de témoignages, plus la réalité devient difficile à nier.

Vous avez été témoin ou victime d’un contrôle au Breil ou ailleurs ? Envoyez-nous votre récit via le Bureau des plaintes. On documente, on publie, on fait monter la pression.


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