Plus grand quartier HLM de Nantes, à cheval sur la ville et Saint-Herblain, Bellevue concentre tous les symptômes de la politique urbaine macroniste : caméras partout, flics partout, services publics nulle part.
Le plus grand quartier populaire de la métropole, transformé en zone de contrôle
Bellevue, c’est près de 20 000 habitants à cheval sur Nantes et Saint-Herblain. C’est aussi l’un des plus grands quartiers HLM de l’Ouest de la France, majoritairement composé de logements sociaux construits à partir des années 1960 (Bellevue sur Wikipédia)). Et surtout, c’est devenu le laboratoire préféré des politiques sécuritaires.
Classé Zone de Sécurité Prioritaire (ZSP) depuis 2012 (lancement par le ministère de l’Intérieur sous Hollande), Bellevue n’en est jamais vraiment sorti (Wikipédia — Zone de sécurité prioritaire). Depuis, chaque mandat ajoute sa couche : plus de caméras de vidéosurveillance, plus de patrouilles, plus de contrôles. Mais toujours la même réalité : écoles à bout de souffle, transports qui ne passent plus après 22h, déserts médicaux.
« Chez nous, l’État ne vient jamais. Sauf quand il y a la BAC. » — un habitant du Grand Bellevue
Caméras partout, personne pour aider
En 2024, la Ville de Nantes a installé 80 caméras supplémentaires à travers la ville, dans la continuité du plan annuel lancé depuis 2019 — qui a fait progresser le parc de vidéoprotection de 146 % en cinq ans (Médiacités — Nantes parmi les villes qui accélèrent, Métropole Nantes — 80 caméras 2024). Bellevue figure parmi les quartiers concernés.
Pendant ce temps, les postes d’éducateurs et d’animateurs socioculturels restent sous tension, plusieurs collectifs locaux alertent depuis des années sur la réduction des moyens aux centres socioculturels de la ville, à l’instar du travail de veille de la Fédération des Centres Sociaux de France.
La logique est claire : on surveille, on ne soutient pas. On traite les quartiers populaires comme des territoires à maintenir sous contrôle, pas comme des lieux où vivent des familles qui méritent des services publics dignes.
La BAC comme seule politique de quartier
Les habitants de Bellevue ne parlent pas de « présence de proximité » ni de « police du quotidien ». Ils parlent de la BAC qui débarque à 7h du matin dans les cages d’escalier, de descentes musclées dans les halls, de contrôles au faciès devant l’arrêt de tram Mendès-France-Bellevue.
On contrôle les gamins qui attendent le bus. On contrôle les mamans qui reviennent des courses. On contrôle les pères qui rentrent du travail.
« Mon fils de 15 ans s’est fait contrôler trois fois la semaine dernière. Trois. Il rentrait de l’école. » — une mère de famille, rue Jean-Jaurès
Démolir pour cacher, pas pour améliorer
La mairie parle de « rénovation urbaine » à Bellevue. Concrètement, cela veut dire : démolition de tours entières, relogement forcé des familles, dispersion des réseaux de solidarité construits sur des décennies.
Les habitants relogés atterrissent souvent dans des logements plus chers, plus petits, ou plus éloignés. Ceux qui restent vivent dans des immeubles dégradés, où les travaux promis sont reportés d’année en année pendant que les responsables préparent la prochaine démolition.
« Quand ils détruisent, c’est pas pour nous. C’est pour faire venir d’autres gens. » — un locataire du Bois Hue
Ce qu’il faudrait vraiment
Pas plus de caméras. Pas plus de BAC. Pas plus de démolitions.
- Des écoles dignes, avec des effectifs décents et des moyens.
- Des centres de santé de proximité, accessibles sans rendez-vous.
- Des animateurs socioculturels formés et payés correctement.
- Un vrai conseil d’habitants avec pouvoir de décision sur les travaux.
- Des transports publics qui fonctionnent 24h/24, comme dans le centre-ville.
Tant que Nantes Métropole préférera financer la répression plutôt que les services publics, Bellevue restera ce qu’elle est aujourd’hui : un quartier sous contrôle, pas un quartier protégé.
Si vous vivez à Bellevue et que vous avez vécu ces situations, contactez-nous via le Bureau des plaintes.
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