À Nantes, la grève des conducteurs de Keolis Atlantique En grève chaque vendredi depuis novembre 2024 dans l’indifférence de la direction n’est pas un simple mouvement social. C’est le…
Une grève , des dividendes et des monstres
À Nantes, la grève des conducteurs de Keolis Atlantique En grève chaque vendredi depuis novembre 2024 dans l’indifférence de la direction n’est pas un simple mouvement social. C’est le cri d’alarme d’un service public en train de se faire dépecer, morceau par morceau, pour nourrir les appétits d’un capitalisme vorace. Et à la tête de cette opération de démantèlement : Marie-Ange Debon.
Une technocrate au service du privé
Diplômée d’HEC Paris (1986) et de l’ENA (promotion Jean Monnet, 1990), Marie-Ange Debon a débuté sa carrière en 1990 comme magistrate à la Cour des comptes. Elle a ensuite occupé des postes de direction chez France 3, chez Thomson (devenu Technicolor), puis chez Suez à partir de 2008 — d’abord comme secrétaire générale, puis comme directrice générale adjointe pour l’international. En août 2020, elle est nommée présidente du directoire de Keolis — groupe détenu à 70 % par la SNCF et à 30 % par la Caisse de dépôt et placement du Québec (CDPQ) — l’un des principaux opérateurs français de transports publics (fiche officielle Keolis). Depuis sa prise de fonction, la stratégie du groupe privilégie les marchés internationaux et la rentabilité, au détriment des conditions de travail des salariés et de la qualité du service public.
Keolis Nantes : un modèle de privatisation à l’image des cars Macron
Le parallèle est frappant avec les cars Macron, ce plan gouvernemental qui externalise le transport régional vers des entreprises privées, souvent les mêmes géants du secteur, tout en promettant des lignes “modernes” mais en supprimant des emplois et en compressant les salaires. Les conducteurs de ces lignes subissent concurrence, précarité et transferts forcés, pendant que les dirigeants et actionnaires encaissent des millions.
Keolis et les cars Macron ne sont pas des exceptions : c’est une logique politique et économique où le public finance, les salariés trinquent, et les profits sont privatisés. Seule la solidarité des travailleurs et des usagers peut inverser cette tendance et sauver un service public digne.
Des salaires déconnectés de la réalité
Alors que les conducteurs de Keolis Nantes peinent à joindre les deux bouts, Marie-Ange Debon perçoit un salaire annuel de 450 000 €, selon les rapports officiels de l’Agence des participations de l’État (APE). Cette rémunération, largement supérieure à celle de nombreux travailleurs du secteur public, témoigne d’une déconnexion totale entre les dirigeants et la réalité du terrain.
À la RATP, l’ancien Premier ministre Jean Castex préside le groupe depuis novembre 2022, avec une rémunération plafonnée à 450 000 € bruts (plafond applicable aux dirigeants d’entreprise publique française, décret du 26 juillet 2012). Chez Transdev, Thierry Mallet préside le groupe depuis 2016. À la SNCF, Jean-Pierre Farandou a été président jusqu’en 2024, soumis au même plafond de 450 000 €. Partout, les dirigeants touchent les rémunérations plafond du secteur public, pendant que les conducteurs en bas de l’échelle salariale accumulent les contrats courts, les transferts imposés et la dégradation des conditions de travail.
Des pertes locales, des bénéfices globaux
En 2024, Keolis Nantes a enregistré une perte nette de 1,51 million d’euros sur un chiffre d’affaires de 47 millions d’euros. Pendant ce temps, le groupe Keolis, dirigé par Marie-Ange Debon, a réalisé 7,7 milliards d’euros de chiffre d’affaires en hausse de 10 %. Son résultat courant aurait dégagé 13 millions d’euros de bénéfice net ; mais une dépréciation de 55 millions d’euros liée à la nationalisation des franchises ferroviaires au Royaume-Uni l’a finalement fait basculer à une perte nette de 42 millions d’euros sur l’exercice (Keolis — communiqué résultats annuels 2024).
Cette situation illustre la logique du groupe : des comptes adossés à un réseau international pour lequel les filiales locales, comme Nantes, servent de marchés sous tension.
Le soutien de l’Élysée et du MEDEF
Marie-Ange Debon n’est pas seulement une dirigeante d’entreprise. Elle est également vice-présidente du MEDEF International depuis 2016, et a été présidente de l’Union des Transports Publics et Ferroviaires (UTP) élue en juin 2021. Ces positions lui permettent d’influencer les politiques publiques en faveur des intérêts privés. En septembre 2025, l’Élysée a proposé sa nomination à la tête du groupe La Poste en remplacement de Philippe Wahl — une proposition qui doit encore faire l’objet des validations réglementaires. Ce choix témoigne du soutien de l’Élysée à sa vision du service public.
La solidarité comme réponse
Face à ce système qui privilégie les dividendes au détriment des usagers et des salariés, la solidarité est la seule réponse possible. Les conducteurs de Keolis Nantes ont lancé un appel à la mobilisation générale : usagers, citoyens, travailleurs, unissons-nous pour défendre un service public de qualité, accessible à tous et respectueux de ses agents.
La situation à Nantes est un avertissement : si nous ne réagissons pas, ce modèle de privatisation généralisée s’étendra à d’autres services publics. Il est temps de dire stop à la logique du profit au détriment de l’intérêt général.
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