Cinq jours après l’incendie du Clos-Toreau, Nantes Métropole Habitat traite les sinistrés comme des dossiers d’assurance
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Cinq jours après l’incendie du Clos-Toreau, Nantes Métropole Habitat traite les sinistrés comme des dossiers d’assurance

Cinq jours après l'incendie qui a failli tuer une famille au 6ᵉ étage du 4 rue de Saint-Jean-de-Luz, Nantes Métropole Habitat n'a toujours pas repris contact avec le locataire principal. La présidente Aïcha Bassal reste dans son mutisme. Le bailleur renvoie la famille sinistrée à son assurance multirisque habitation personnelle, en violation du Code de la construction et de l'habitation. Sur nmh.fr, deux numéros affichés — dont un service d'astreinte annoncé 24h/24 — ne répondent à aucun appel depuis le 14 juillet. La mairie de Nantes n'a pris aucun arrêté municipal. Chronique d'une non-gestion.

Nuit du 11 au 12 juillet 2026. Au 4 rue de Saint-Jean-de-Luz, au Clos-Toreau à Nantes-Sud, un incendie prend dans l’ascenseur. Au 6ᵉ étage, Aliun Keita fait passer son bébé de sept mois et ses deux autres enfants par la fenêtre. Sa femme s’évanouit. Les jeunes du quartier éteignent le foyer à bouteilles d’eau avant l’arrivée des pompiers. (Récit complet ici.)

Cinq jours plus tard, mercredi 15 juillet 2026, Aliun Keita n’a toujours pas été contacté par Nantes Métropole Habitat. Il doit réintégrer, le lendemain matin, son appartement encore imprégné de fumée toxique — parce que son hôtel, payé par sa propre assurance MRH personnelle, s’arrête jeudi. La présidente de NMH, Aïcha Bassal, reste dans son mutisme. La maire de Nantes, Johanna Rolland, n’a pris aucun arrêté municipal. Chronique de cinq jours de non-gestion.

Depuis la nuit du 12 juillet — le mutisme d’Aïcha Bassal

À la date du 15 juillet 2026, cinq jours après l’incendie qui a failli tuer une famille, la présidente de Nantes Métropole Habitat, Aïcha Bassal, n’a fait aucune déclaration publique sur la gestion de crise. Aucun communiqué. Aucune prise de parole. Aucune visite sur les lieux. Elle est également adjointe au maire de Nantes et vice-présidente de Nantes Métropole.

C’est un fait, pas une opinion : Aïcha Bassal, présidente de NMH depuis le 13 mai 2026, n’est toujours pas sortie de son mutisme depuis la nuit du 11-12 juillet.

NMH renvoie le locataire à son assurance personnelle — Aliun relogé à Saint-Herblain

La réponse de Nantes Métropole Habitat au personnel hospitalier qui l’appelait au chevet du sinistré, cette nuit-là, est la seule information factuelle qu’il faut retenir sur la position institutionnelle du bailleur.

Rappelons le contexte. La nuit de l’incendie, Aliun et sa femme sont évacués par les sapeurs-pompiers, en véhicule d’intervention sous oxygène, vers le CHU. Ce n’est pas Nantes Métropole Habitat qui a pris l’initiative du contact cette nuit-là — c’est un personnel hospitalier qui a téléphoné à NMH depuis le CHU pour signaler que la famille Keita venait d’y être évacuée et qu’elle avait besoin d’un relogement d’urgence.

NMH a répondu — au personnel hospitalier, pas à Aliun — que la prise en charge du relogement de la famille Keita relevait de sa propre assurance multirisque habitation personnelle.

Le personnel hospitalier a fait ce qu’on lui demandait de faire. L’assurance MRH personnelle d’Aliun a été activée. Elle a relogé la famille — à Saint-Herblain, à l’autre bout de l’agglomération, loin du quartier et des repères familiaux. Depuis ce renvoi, NMH n’a assuré aucun suivi. Pas d’appel. Pas de rendez-vous. Pas d’accompagnement social.

Ce que NMH a fait, c’est l’exact contraire de ce que la loi lui commande. L’article L. 521-3-2 du Code de la construction et de l’habitation impose au bailleur d’organiser le relogement d’urgence à ses frais ; NMH a renvoyé la famille à son assurance privée. La jurisprudence de la Cour de cassation (3ᵉ chambre civile) interdit expressément au bailleur de renvoyer le locataire à sa multirisque habitation pour un sinistre né dans les parties communes ; l’ascenseur est une partie commune ; NMH l’a fait dès la première nuit, oralement, en s’appuyant sur un tiers hospitalier pour transmettre le message.

NMH affirme « rencontrer les locataires » — le locataire dément, preuve en vidéo

Le 13 juillet, Fabrice Doucet — président de l’Union des Quartiers Libres, qui accompagne la famille Keita au jour le jour — a contacté la cellule de crise de la Ville de Nantes. Interlocutrice : Mme Besançon, gestionnaire de crise. Position officielle relayée : « NMH gère selon son protocole. Les locataires font marcher leur multirisque habitation ; leur assurance se retourne ensuite contre NMH. » Sur la prise en charge psychologique : « s’ils ne vont pas bien, ils doivent appeler le SAMU. »

Fabrice a demandé à parler au responsable NMH connu de lui, Monsieur Piquet, chef d’astreinte de l’agence Goudy. Dix minutes plus tard, la réponse tombe, textuellement : « NMH rencontre directement les locataires dont vous m’avez parlé. La situation est donc gérée et prise en charge directement par le bailleur. »

Le problème est simple. Aliun Keita, principal locataire concerné, affirme catégoriquement que personne de NMH ne l’a rencontré ni contacté. Fabrice en a la preuve en vidéo. Le contact du soir de l’incendie, rappelons-le, a été initié par le CHU — pas par NMH. Il ne peut y avoir que deux hypothèses : soit NMH a écrit une chose qui n’est pas vraie, soit ses services confondent un locataire avec un autre. Dans les deux cas, pour un office public en charge de plus de 26 000 logements, c’est un manquement grave.

NMH veut la réintégration — sans consulter le locataire

Deux jours après l’incendie, NMH a mandaté une société de nettoyage pour préparer la réintégration de la famille dans son appartement. C’est une bonne chose pour les murs et les sols. Mais un point mérite d’être posé publiquement : à aucun moment NMH n’a demandé à Aliun Keita s’il souhaitait effectivement revenir.

Aliun n’a exprimé, à ce jour, aucune volonté de réintégrer son appartement. Il n’a pas dit « non » explicitement — il ne s’est jamais vu poser la question. NMH en a déduit unilatéralement qu’il allait rentrer chez lui, sans le rencontrer, sans le consulter, sans envisager qu’un père qui vient de faire descendre son bébé de sept mois par la fenêtre à dix-huit mètres puisse ne pas être en état, matériellement ou psychologiquement, de reprendre possession du même logement quelques jours plus tard.

13 juillet — ce que le groupe d’action a fait sur place, ce que NMH n’a pas fait

Ce lundi 13 juillet, la présence auprès de la famille a été assurée exclusivement par ceux qui ne sont pas payés pour cela : Fabrice, et le frère d’Aliun — lui-même rescapé de l’incendie, profondément traumatisé par le fait d’avoir failli mourir dans la même nuit. Plusieurs heures passées, ce jour-là, à ses côtés, à l’intérieur de l’appartement enfumé.

Concrètement, ce que Fabrice et le frère d’Aliun ont dû faire : rassembler à la main toutes les affaires de la famille dans le salon, pièce après pièce, pour permettre aux nettoyeurs mandatés par NMH de travailler sur les autres pièces. Ce travail de manutention, dans un appartement encore imprégné de suie, un homme qui vient d’échapper à la mort par asphyxie ne devrait pas avoir à le faire ; son frère traumatisé encore moins ; il devrait être pris en charge, matériellement, par le bailleur.

La suite est à peine croyable : les nettoyeurs mandatés par NMH pour la cage d’escalier sont montés d’eux-mêmes à l’étage d’Aliun. Ils ont demandé, eux-mêmes, avec courtoisie — ce sont des travailleurs corrects — s’ils pouvaient également entrer dans l’appartement et le nettoyer. Ils avaient été instruits en ce sens par NMH, sans que NMH n’ait posé la question à Aliun. Aliun a dit oui, parce qu’il est psychologiquement effondré — ce n’est pas à un homme dans cet état de gérer des arbitrages administratifs sur son logement. C’est précisément ce qu’un bailleur social doit faire à sa place, et ce que Nantes Métropole Habitat n’a pas fait.

Ni Nantes Métropole Habitat, ni le préfet, ni Marie Vitoux, ni un·e élu·e de la Ville de Nantes n’ont été présents ce 13 juillet. Aucun jour, en réalité, depuis la nuit du 11 au 12. Les personnes payées sur fonds publics pour gérer la crise et le patrimoine social ne sont pas venues. Ceux qui ont été là sont, encore une fois, les habitants du quartier eux-mêmes et les associations.

Le groupe d’action, mobilisé pour toutes les familles de l’immeuble

Aliun Keita n’est pas le seul locataire du 4 rue de Saint-Jean-de-Luz. À chaque étage, dans chaque appartement, des familles vivent depuis cinq jours avec la fumée, la suie, l’ascenseur hors service et aucun interlocuteur chez leur bailleur. Le groupe d’action LFI Nantes-Sud Clos-Toreau — animé par le binôme Gwenaëlle Gourdien et Fabrice Doucet, avec l’ensemble du collectif — a pris la décision de faire du porte-à-porte, immeuble entier, pour recenser les besoins et accompagner chaque foyer, à défaut du bailleur.

Un cas parmi d’autres, symptomatique. Gwenaëlle Gourdien accompagne un couple âgé de 71 ans, locataires depuis longtemps du 4 rue de Saint-Jean-de-Luz. L’ascenseur est en panne depuis l’incendie. Le mari s’inquiète, à voix haute : comment va-t-il monter et descendre son étage, ne serait-ce que pour prendre l’air quelques minutes en bas de chez lui ? À 71 ans, avec un ascenseur hors service pour au minimum six mois — c’est le délai annoncé pour la reprise des travaux — la question n’est pas rhétorique. Elle est la vie quotidienne. Gwenaëlle s’est engagée, sans qu’on le lui demande, à faire les courses de ce couple et à les accompagner au jour le jour dans les gestes que l’ascenseur en panne rend impossibles.

C’est ce que fait le groupe d’action, immeuble par immeuble, palier par palier : la substitution militante à un service public qui ne se rend pas au chevet de ses locataires. C’est aussi ce qui devrait, en droit, incomber à Nantes Métropole Habitat — l’accompagnement des personnes vulnérables du parc, à plus forte raison après un sinistre. Là où le bailleur devrait déployer des travailleurs sociaux, des visites à domicile, des solutions temporaires de mobilité, il n’y a rien. Ce sont des militant·es du quartier qui portent les courses.

Fabrice et Gwenaëlle rappellent ce fait pour deux raisons. La première, c’est que le silence de Nantes Métropole Habitat n’est pas seulement le silence adressé à Aliun Keita : c’est un silence adressé à l’ensemble des familles du 4 rue de Saint-Jean-de-Luz, y compris aux plus vulnérables. La seconde, c’est que la mobilisation citoyenne ne remplacera pas indéfiniment le bailleur. Ils feront les courses de ce couple tant qu’il le faudra, ils le disent clairement. Mais ce n’est pas leur rôle. C’est celui du bailleur.

La gestion des travaux par NMH — câbles électriques à l’air libre

Visuel — la gestion des travaux par NMH. Cage d'escalier du 4 rue de Saint-Jean-de-Luz. Câbles électriques dénudés à l'air libre. Boîtier de dérivation arraché. Murs entièrement noirs de suie.
Visuel — la gestion des travaux par NMH. Cage d'escalier du 4 rue de Saint-Jean-de-Luz. Câbles électriques dénudés à l'air libre. Boîtier de dérivation arraché. Murs entièrement noirs de suie.

Photo prise ce mercredi 15 juillet 2026 dans la cage d’escalier du 4 rue de Saint-Jean-de-Luz. Câbles électriques dénudés à l’air libre, à hauteur d’accès public. Boîtier de dérivation arraché. Murs entièrement noirs de suie non nettoyée. C’est ce que NMH appelle « gérer les travaux » cinq jours après un incendie qui a nécessité une évacuation par grande échelle télescopique.

Fabrice, locataire de longue date de Nantes Métropole Habitat, résume : « Voilà la gestion des travaux par NMH. P.S. Je ne les ai toujours pas vus, et je n’ai toujours pas pu leur parler. »

NMH injoignable — deux numéros affichés, aucune réponse

Visuel — 24h/24 sur le papier, zéro réponse dans la vraie vie.
Visuel — 24h/24 sur le papier, zéro réponse dans la vraie vie.

Sur son site officiel nmh.fr, Nantes Métropole Habitat indique publiquement deux numéros :

  • 02 40 67 07 37 — accueil clientèle, lundi-vendredi 8h30-17h, incluant les « demandes d’intervention technique ».
  • 02 40 67 08 55 — service d’astreinte « la nuit 24h/24 et le week-end », en cas d’urgence technique.

Capture d'écran de nmh.fr — page « Nous contacter » indiquant le service d'astreinte 24h/24 et le week-end au 02 40 67 08 55.
Capture d'écran de nmh.fr — page « Nous contacter » indiquant le service d'astreinte 24h/24 et le week-end au 02 40 67 08 55.

Depuis le lundi 14 juillet, le groupe d’action LFI Nantes-Sud Clos-Toreau et l’Union des Quartiers Libres testent ces deux lignes de façon répétée. Aucune réponse. Aucun rappel. Aucune prise de contact. Ni pour Aliun Keita, ni pour son entourage, ni pour l’Union des Quartiers Libres qui accompagne les sinistrés.

La communication publique de NMH annonce donc une joignabilité continue. Dans la réalité, le silence est total — précisément au moment où l’urgence technique est concrète : un appartement enfumé dans lequel un locataire doit réintégrer sous vingt-quatre heures.

La mairie de Nantes n’a pris aucun arrêté municipal — c’était pourtant sa compétence

À notre connaissance, à ce jour, la maire de Nantes Johanna Rolland n’a pris aucun arrêté de mise en sécurité ni d’insalubrité sur l’immeuble du 4 rue de Saint-Jean-de-Luz. C’est pourtant sa compétence propre, prévue aux articles L. 511-1 et suivants du Code de la construction et de l’habitation (dispositions issues de l’ordonnance de 2020 unifiant police du péril et police de l’insalubrité).

Un arrêté municipal de mise en sécurité aurait :

  • Contraint NMH à assumer le relogement d’urgence à ses frais, sans renvoi possible à l’assurance multirisque habitation personnelle du locataire.
  • Interdit la réintégration prématurée d’Aliun Keita dans un logement dont la remise en état n’est pas achevée.
  • Ouvert la voie à une exécution d’office par la commune en cas de défaillance persistante du bailleur, dépenses recouvrables ensuite auprès de NMH.

L’inaction municipale est un choix, pas une fatalité. Ce choix laisse aujourd’hui Aliun Keita seul devant sa porte.


Dans ce dossier

Ce texte est le deuxième volet d’un dossier en quatre parties sur l’incendie du 11-12 juillet au 4 rue de Saint-Jean-de-Luz :

  1. Au 4 rue Saint-Jean-de-Luz, 2h30 du matin : les jeunes du Clos-Toreau ont sauvé l'immeuble que NMH avait cadenassé — le récit de la nuit.
  2. La gestion NMH depuis — cet article.
  3. LFI Nantes-Sud Clos-Toreau exige la démission d'Aïcha Bassal, présidente de Nantes Métropole Habitat — la revendication politique, les précédents mondiaux et les 12 demandes concrètes.
  4. Clos-Toreau : l'amiante des logements, le scandale silencieux jamais évoqué — la colle à base d’amiante encore présente dans les logements, le témoignage d’un locataire depuis 2009, le Dossier Technique Amiante jamais publié par NMH.

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