Le 13 mai 2026, Aïcha Bassal prenait la présidence de Nantes Métropole Habitat en annonçant : « Je veux que ma présidence soit collaborative, au service des ménages modestes et en soutien des plus fragiles. » Cinq jours après l'incendie qui a failli tuer une famille au 6ᵉ étage du 4 rue de Saint-Jean-de-Luz, Aliun Keita — locataire NMH, ménage modeste, plus fragile qu'un père d'un bébé de sept mois qui vient de le descendre par la fenêtre — n'a toujours reçu aucun contact direct du bailleur. Ailleurs dans le monde, des dirigeants de bailleurs sociaux ont démissionné pour moins que ça. Le groupe d'action LFI Nantes-Sud Clos-Toreau exige la démission d'Aïcha Bassal.
Nuit du 11 au 12 juillet 2026. Au 4 rue de Saint-Jean-de-Luz, au Clos-Toreau, un incendie prend dans l’ascenseur. Un père de famille fait descendre son bébé de sept mois par la fenêtre du 6ᵉ étage. Les jeunes du quartier éteignent le foyer à bouteilles d’eau avant les pompiers. (Récit complet ici.)
Cinq jours plus tard, mercredi 15 juillet, la présidente de Nantes Métropole Habitat, Aïcha Bassal, n’a fait aucune déclaration publique sur la gestion de cette crise. Le locataire principal, Aliun Keita, n’a reçu aucun contact direct de NMH. (La chronique de cinq jours de non-gestion, ici.)
Cet article rapporte une revendication politique. Le groupe d’action LFI Nantes-Sud Clos-Toreau, animé par le binôme Fabrice Doucet (également président de l’Union des Quartiers Libres) et Gwenaëlle Gourdien, exige publiquement la démission d’Aïcha Bassal de la présidence de Nantes Métropole Habitat.
Ses mots contre ses actes — le 13 mai vs le 15 juillet
Le 13 mai 2026, dans sa déclaration publiée sur nmh.fr à l’occasion de son élection à la présidence de NMH, Aïcha Bassal écrit :
« Je veux que ma présidence soit collaborative (…) au service des ménages modestes et en soutien des plus fragiles. »
Le 15 juillet 2026, la réalité :
- Aliun Keita — locataire de NMH, père d’un bébé de sept mois, sinistré direct de l’incendie du 11-12 juillet — n’a reçu aucun contact de NMH cinq jours après un sinistre qui a failli tuer sa famille.
- Il doit réintégrer demain matin, seul, son appartement encore imprégné de fumée toxique, avec des meubles couverts de suie qu’il devra jeter ou nettoyer à ses frais.
- La ligne d’astreinte de NMH — annoncée officiellement 24h/24 sur nmh.fr — n’a répondu à aucun appel depuis le lundi 14 juillet.
Collaborative. Soutien des plus fragiles. La démonstration est faite.
Ailleurs, des dirigeants ont démissionné
Ce n’est pas une revendication démesurée. Ailleurs dans le monde, des dirigeants de bailleurs publics ont démissionné après une gestion de crise défaillante — sans qu’il ait été nécessaire d’attendre une condamnation pénale :
- Londres, juillet 2017 — Grenfell Tower. Après l’incendie qui a tué 72 personnes, Robert Black, directeur général du KCTMO (l’organisme qui gérait le patrimoine pour le compte du conseil de Kensington-Chelsea), démissionne. Le leader du conseil, Nicholas Paget-Brown, démissionne aussi.
- New York, avril 2018 — NYCHA (New York City Housing Authority, plus grand bailleur social des États-Unis). Shola Olatoye, présidente, démissionne après le scandale de la peinture au plomb (certifications d’inspections qui n’avaient pas eu lieu) et des milliers de résidents privés de chauffage l’hiver précédent.
- Alexandria (Virginie), octobre 2025. L’ensemble du conseil d’administration de l’Alexandria Redevelopment and Housing Authority — les 9 commissaires — démissionne en bloc, après scandale d’affectation de logement social au directeur général.
- Portland (Oregon), avril 2026 — Home Forward. Ivory Mathews, directrice générale, démissionne après une enquête journalistique révélant plus de 100 000 dollars de fonds publics dépensés en voyages professionnels pendant que l’agence sombrait dans une crise financière.
La responsabilité politique est distincte de la responsabilité pénale. Elle s’exerce quand la confiance publique est rompue. À Nantes, elle l’est.
Ceux qui sont venus — trois soutiens et une élue attendue aux actes
Ce mercredi 15 juillet 2026, à l’invitation du groupe d’action LFI Nantes-Sud Clos-Toreau, quatre élu·es se sont déplacé·es au 4 rue de Saint-Jean-de-Luz pour rencontrer les sinistrés. Leur présence n’a pas la même portée politique ; le groupe distingue quatre situations.
Trois allié·es venu·es en soutien
- Andy Kerbrat, député de Loire-Atlantique, du groupe La France insoumise à l’Assemblée nationale — allié politique du groupe local. Sa présence au 4 rue de Saint-Jean-de-Luz est celle d’un allié de terrain qui accompagne un groupe d’action de sa propre famille politique dans un dossier local. Le groupe l’en remercie.
- Julie Laernoës, députée écologiste de la circonscription dont relève le Clos-Toreau. Elle est venue à la demande du groupe d’action, sans obligation politique de le faire, et sur la seule base de son mandat de représentation. Elle avait une raison de se dérober : elle ne l’a pas fait. Elle est venue directement, sur place, dans les appartements. C’est la preuve, dans un dossier concret, d’une députée non déconnectée des réalités de terrain de sa circonscription. Le groupe la remercie et lui rend hommage. Cela dit, le groupe ne s’en tiendra pas à cette visite : il attend d’elle qu’elle porte politiquement le dossier à l’Assemblée et auprès des acteurs institutionnels concernés — tant sur cet incendie que, plus largement, sur les conditions de logement au Clos-Toreau.
- Irina Yahi, conseillère municipale de la Ville de Nantes du groupe La France insoumise, élue sur la liste La Nouvelle Nantes. Elle est venue sur place, aux côtés du groupe d’action, qui la remercie pour sa présence.
L’élue municipale interpelée : Marie Vitoux
- Marie Vitoux, adjointe au maire de Nantes, en charge du quartier Nantes-Sud (dont relève le Clos-Toreau) et des délégations « résilience climatique », « risques et crises », « bâtiments ». Elle est entrée dans l’appartement d’Aliun Keita, a constaté l’état des lieux, a écouté les témoignages des habitant·es. Le groupe prend acte de sa visite. Il exige désormais des actes, pas une visite. Cinq jours après le sinistre, les habitants du Clos-Toreau ne voient rien arriver — ni dans ce dossier d’incendie précis, ni dans le dossier plus large des conditions matérielles de logement dont son mandat lui confie la charge. La visite d’une élue municipale sur le terrain, en juillet, est une bonne chose. La responsabilité qui accompagne son mandat ne s’arrête pas à la visite ; elle commence à partir de là.
Ceux qui ne sont pas venus
À l’inverse, ne sont pas venu·es au 4 rue de Saint-Jean-de-Luz, ce mercredi ni les jours précédents :
- Aïcha Bassal, présidente de Nantes Métropole Habitat, adjointe au maire de Nantes et vice-présidente de Nantes Métropole. Toujours dans son mutisme.
- Johanna Rolland, maire de Nantes.
- Aucun agent NMH n’a été rencontré par les locataires des étages hauts (6ᵉ, 7ᵉ), les plus lourdement touchés par la fumée. Aliun Keita le premier.
- Laurent Hottiaux, préfet de Loire-Atlantique, muet à ce jour, sans mobilisation ORSEC ni activation d’une Cellule d’urgence médico-psychologique (CUMP).
Une question directe au procureur de la République de Nantes
Le groupe LFI Nantes-Sud Clos-Toreau, présent sur les lieux dans la nuit du 11 au 12 juillet puis chaque jour depuis, constate ce qui suit et le pose publiquement à l’attention du parquet de Nantes.
Sur les forces de l’ordre présentes la nuit du sinistre : la seule présence policière observée cette nuit-là a été police-secours. Aucun officier de police judiciaire, aucun expert, aucun enquêteur n’a été vu sur les lieux — ni cette nuit-là, ni depuis. À la date de rédaction, aucune enquête pénale ouverte publiquement n’est portée à la connaissance du groupe ni de la rédaction, ni sur les causes de l’incendie ni sur l’inaccessibilité, par cadenas, de l’accès au toit.
Sur la scène du sinistre : à la date de rédaction, le rez-de-chaussée du 4 rue de Saint-Jean-de-Luz — le foyer même de l’incendie — est en cours de nettoyage par une entreprise privée mandatée par NMH. Une fois la scène nettoyée, elle ne peut plus être expertisée.
Le groupe d’action demande donc publiquement au procureur de la République de Nantes :
- Une enquête pénale est-elle ouverte sur les causes de l’incendie du 11-12 juillet 2026 au 4 rue de Saint-Jean-de-Luz ? À défaut, sera-t-elle ouverte, et dans quel délai ?
- L’origine de l’incendie — accidentelle ou d’origine criminelle — a-t-elle été déterminée ?
- Dans l’hypothèse d’une origine accidentelle, un expert judiciaire sera-t-il mandaté pour établir les circonstances techniques du sinistre, y compris l’inaccessibilité par cadenas de l’accès au toit ?
Question ouverte à Nantes Métropole Habitat
Le groupe pose également, publiquement, une question à Nantes Métropole Habitat, bailleur des lieux et responsable du bâti :
Comment expliquez-vous cet incendie ? Quelle est votre version des faits ?
À ce jour, aucune communication publique de NMH n’a été portée à la connaissance du groupe ni de la rédaction sur les causes du sinistre — ni sur son origine, ni sur les conditions techniques dans lesquelles il s’est propagé, ni sur les dispositifs de sécurité incendie de l’immeuble.
Ce que dit la loi
- Article 1719 du Code civil : jouissance paisible du logement — obligation du bailleur.
- Articles 1720 et 1721 du Code civil : réparations non locatives + indemnisation des pertes du locataire — à la charge du bailleur.
- Article 6 de la loi n° 89-462 du 6 juillet 1989 : entretien à la charge du bailleur.
- Article L. 521-3-2 du CCH : relogement d’urgence à la charge du bailleur.
- Articles L. 511-1 et suivants du CCH : pouvoir de police du maire en matière de mise en sécurité et d’insalubrité.
- Article R. 1334-29-4 du Code de la santé publique : obligation du bailleur d’établir et de tenir à disposition un Dossier Technique Amiante.
- Jurisprudence Cass. 3ᵉ civ. stable : le bailleur ne peut renvoyer le locataire à sa multirisque habitation pour un sinistre né dans les parties communes.
L’ascenseur est une partie commune. Un feu qui prend dans l’ascenseur, ce sont les obligations du bailleur qui s’ouvrent. Un « protocole interne » d’un bailleur ne peut pas déroger à la loi.
Les demandes concrètes du groupe d’action
Le groupe d’action LFI Nantes-Sud Clos-Toreau, sous la signature de son binôme animateur — Gwenaëlle Gourdien et Fabrice Doucet, ce dernier également président de l’Union des Quartiers Libres —, et avec l’ensemble du collectif, porte publiquement les demandes suivantes :
- Démission d’Aïcha Bassal de la présidence de Nantes Métropole Habitat.
- Les cadenas sur les accès au toit doivent tomber dans les 48 heures, sur tous les immeubles NMH du secteur.
- Installation d’un désenfumage automatique (détecteur de fumée relié à la trappe) dans tous les immeubles NMH du secteur, chiffrée et calendée publiquement avant la fin de l’année 2026.
- Que Nantes Métropole Habitat communique publiquement sa version des faits sur les causes de cet incendie et sur les conditions techniques dans lesquelles il s’est propagé.
- Que le procureur de la République de Nantes ouvre publiquement une enquête sur les causes de l’incendie.
- Relogement d’urgence intégralement à la charge de NMH pour toutes les familles du 4 rue de Saint-Jean-de-Luz, aussi longtemps que les logements ne sont pas remis en état. Aucune famille ne doit être renvoyée à sa propre multirisque habitation.
- Prise en charge par NMH du coût du relogement déjà supporté par l’assurance personnelle d’Aliun Keita à Saint-Herblain depuis l’incendie.
- Prise en charge intégrale par NMH des biens détruits — matelas, vêtements, jouets, meubles imprégnés de suie. Pas de renvoi à l’assurance MRH des locataires.
- Prise d’un arrêté municipal de mise en sécurité par la maire Johanna Rolland, sur le fondement de l’article L. 511-1 CCH.
- Publication par NMH du Dossier Technique Amiante de l’ensemble des immeubles du parc du Clos-Toreau — obligation légale, art. R. 1334-29-4 CSP.
- Activation d’une Cellule d’urgence médico-psychologique (CUMP) par le préfet de Loire-Atlantique Laurent Hottiaux, en lien avec l’ARS et le SAMU.
- Que le locataire décide, pas le bailleur. NMH doit demander explicitement à Aliun Keita — et à toute famille du 4 — s’il souhaite réintégrer son logement après nettoyage, ou s’il demande un relogement définitif.
Signataires de la déclaration
Ces demandes sont signées par Gwenaëlle Gourdien et Fabrice Doucet, binôme animateur du groupe d’action LFI Nantes-Sud Clos-Toreau (Fabrice, par ailleurs, président de l’Union des Quartiers Libres), et par l’ensemble du collectif du groupe d’action.
Dans ce dossier
Ce texte est le troisième volet d’un dossier en quatre parties sur l’incendie du 11-12 juillet au 4 rue de Saint-Jean-de-Luz :
- Au 4 rue Saint-Jean-de-Luz, 2h30 du matin : les jeunes du Clos-Toreau ont sauvé l'immeuble que NMH avait cadenassé — le récit de la nuit.
- Cinq jours après l'incendie du Clos-Toreau, Nantes Métropole Habitat traite les sinistrés comme des dossiers d'assurance — la chronique de la non-gestion depuis le 12 juillet.
- La revendication — cet article.
- Clos-Toreau : l'amiante des logements, le scandale silencieux jamais évoqué — la colle à base d’amiante encore présente dans les logements, le témoignage d’un locataire depuis 2009.
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